Parfois, emportรฉ par le tumulte de la vie, lโรชtre humain ne rรฉalise mรชme pas ce quโil possรจde.
Les jours se poursuivent, les annรฉes passent en silence.
Et puis, un jour, on sโarrรชteโฆ on regarde en arriรจreโฆ et lโon comprend :
nous รฉtions en rรฉalitรฉ au cลur dโune immense richesse.
Les grands-pรจres, les grands-mรจresโฆ
Chacun avec son caractรจre, chacun avec son histoire.
Les oncles, les tantes, les cousinsโฆ
Toute une vie partagรฉe dans un mรชme jardin.
Il y a eu des disputes, des blessures, des incomprรฉhensions.
Mais ils รฉtaient tous lร . Vivants. Rรฉels.
Aujourdโhui, en repensant ร tout cela, je comprends que la vรฉritable richesse se trouvait justement au milieu de cette foule aimante.
Nous รฉtions trois familles ร vivre dans le mรชme jardin :
ma grand-mรจre, mon oncleโฆ et nous.
Il y avait aussi notre voisine, Mรผserref Hala.
Que Dieu fasse misรฉricorde ร chacun dโeux.
Aujourdโhui, presque tous ont quittรฉ ce monde.
Il ne reste que les souvenirs.
Et une grande vรฉritรฉ qui sโest installรฉe au fond de moi :
Grandir auprรจs de ses grands-parents est un bienfait bien plus prรฉcieux que nous ne lโimaginions.
Aujourdโhui, le tableau est tout autre.
Les gens deviennent de plus en plus individualistes.
Les jeunes ne veulent plus se marier.
Ceux qui se marient vivent isolรฉs, dans de grandes maisons, avec un seul enfant.
Tout le monde dit :ยซ Je suis libre ยป, ยซ je suis indรฉpendant ยป, ยซ je voyage ร travers le monde ยป.
Mais est-ce vraiment cela, la libertรฉ ?
Voyager seulโฆ et aprรจs ?
Sโil nโy a personne avec qui partager la beautรฉโฆ
Il y a des photos, des โlikesโโฆ mais lโรขme manque.
Lโautre jour, mon รฉpoux et moi sommes allรฉs au bord dโun lac.
Nous nous sommes assis. Nous nโavons pas parlรฉ.
Il y avait le silence.
Le lac รฉtait dโun bleu profond.
Nous avons simplement regardรฉ, longtemps.
Je nโai pris aucune photo.
Je nโai ressenti aucun besoin de partager.
Parce que cet instant รฉtait beau, tel quel.
Partager le silence suffisait.
Les anciens ne disaient pas en vain :
ยซ Le compagnon de souffle. ยป
Parfois, lโรชtre humain nโa pas besoin de mots,
mais simplement dโune prรฉsence.
Mรชme le silence, partagรฉ, apaise le cลur.
Et puis, il y a ces parents restรฉs seulsโฆ
Des hommes et des femmes qui ont perdu leur conjoint,
dont la vie sโest brisรฉe en deux.
Ils souhaitent se remarier.
Mais ce sont leurs propres enfants qui se dressent devant eux :
ยซ Si tu te remarques, quitte la maison. ยป
ยซ Ne nous reparle plus. ยป
ยซ Tu veux quโon tโoublie ? ยป
Il faut poser la question :
De quel droit ?
Ces mรชmes personnes qui, hier encore, nettoyaient vos vรชtements,
sacrifiaient leurs nuits pour vous,
donnaient leur vie pour votre confortโฆ
Aujourdโhui, vous leur imposez des conditions ?
Les maisons, les biens, les richessesโฆ
รฉtaient-ils un cadeau de votre part ?
Tout a รฉtรฉ construit ensemble.
Ils ont donnรฉ leur jeunesse, leur travail, leur vie entiรจre.
Ils ont eu faim pour que vous mangiez.
Ils ont veillรฉ pour que vous dormiez en paix.
Et maintenant quโils sont seuls, devraient-ils renoncer aussi au droit dโรชtre heureux ?
รtre un enfant, ce nโest pas dominer.
Ce nโest certainement pas confisquer le bonheur de ses parents.
Revenez ร vous-mรชmes.
Nโoubliez pas le respect.
Souvenez-vous de qui vous รชtes.
Pourquoi celui qui reste devrait-il รชtre condamnรฉ ร la solitude
parce que quelquโun est mort ou que les chemins se sont sรฉparรฉs ?
On impose des rรจgles, des contrats, des menaces
ร des parents qui ont pourtant bรขti la vie avec vous.
Le bonheur est un droit naturel.
Dรฉsirer un compagnon de route nโest pas une honte.
Avoir peur de la solitude nโest pas une faiblesse.
Ces droits valent aussi pour les parents.
Ne les laissez pas seuls.
Soutenez-les. Soyez ร leurs cรดtรฉs.
Oui, le monde est rempli dโopportunistes.
Mais la solution nโest pas lโinterdiction.
La solution est lโaccompagnement, le soutien, la guidance.
Et venons-en au sujet le plus douloureuxโฆ
On dit :
ยซ Faites grandir vos enfants avec leurs grands-parents. ยป
Cโest vrai.
Mais ร une condition : leur enseigner aussi le respect.
Aujourdโhui, nous voyons avec tristesse que certaines personnes โ enfants comme adultes โ transforment leurs grands-parents en figures โcomiquesโ.
Et cela ne reste plus dans les foyers :
cela sโexpose sur les rรฉseaux sociaux.
Une grand-mรจre qui se trompe de mot,
un grand-pรจre qui ne comprend pas la technologie,
des personnes รขgรฉes moquรฉes pour leur oubli, leur maladieโฆ
Ce ne sont pas des blagues.
Ce nโest pas innocent.
Cโest un manque de respect flagrant.
Souvent, il nโy a mรชme pas de consentement.
La grand-mรจre ne sait pas ce qui est publiรฉ.
Le grand-pรจre ignore combien de personnes regardent.
Mais des millions rient.
De quoi rient-ils ?
De personnes qui ont consacrรฉ leur vie ร leurs enfants ?
De mains qui ont connu la pauvretรฉ, la souffrance, et nous ont รฉlevรฉs ?
Une sociรฉtรฉ se mesure ร la maniรจre dont elle traite ses anciens.
Faire de la grand-mรจre un โcontenuโ
et du grand-pรจre un โmatรฉrielโ
nโest ni modernitรฉ ni libertรฉ.
Cโest un effondrement moral.
Un mot aussi pour les parents :
Nโenseignez pas seulement lโamour ร vos enfants,
enseignez-leur aussi le respect.
Ne banalisez pas le mรฉpris avec des phrases comme
ยซ Dede ne comprend pas ยป,
ยซ Nine est comme รงa ยป.
Un enfant reproduit ce quโil voit.
Les grands-parents ne sont pas des objets de dรฉcoration.
Encore moins des outils de divertissement.
Ils sont la mรฉmoire de cette vie.
Un jour, tout le monde vieillit.
Mais tout le monde ne vieillit pas dans la dignitรฉ.
Le respect sโenseigne quand on est jeune.
La solitude nโest pas une rรฉussite.
Le partage est la vรฉritable richesse.
Que Dieu ne rende personne dรฉpendant de la solitude.
Que Dieu nous fasse rencontrer les bonnes personnes.
Salutations et priรจres.
๐๐ช๐ด๐ฒ๐ถ๐ฎ ๐๐พ๐ต๐ผ๐พ๐ถ ๐๐ฒ๐ฌ๐ป๐ฎ๐ฝ